mardi 6 septembre 2016

To be or not to be... that is the Sisco burkini

Dans une ordonnance rendue ce jour le Tribunal Administratif de Bastia vient de donner raison au modeste Maire (Socialiste) de Sisco en Haute-Corse qui aurait donc "à bon droit" pris un arrêté interdisant le "burkini" sur les plages de sa commune, contre la Ligue des Droits de l'Homme.

La LDH; forte d'une jurisprudence continentale récente ( contre un arrêté pris à Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes), est donc déboutée.
On a sans doute commis bien des erreurs dans cette enfilade des procédures.

La première est à mon humble avis d'avoir accordé une importance symbolique et religieuse à ce que le Tribunal Administratif nomme délicieusement "costume de bain".
Modèle rétro des maillots de bain de nos arrière-arrière-grands-mères (c'est dire si on remonte loin en arrière) cette création commerciale pour Musulmanes d'Océanie en mal d'affirmation identitaire, date bel et bien du XXIe siècle et n'a jamais reçu la moindre reconnaissance dans les textes sacrés de l'Islam. Et pour cause, vu la façon dont le vêtement est né, comme vu sa date de naissance.
Donc première erreur, pour le plus grand bonheur de ceux qui en vendent, quand nos politiques (et non des moindres) se lancent dans une soi-disant bataille qui est plutôt une guerre de chiffonniers.
Surfant là-dessus (n'essayez surtout pas le surf avec un burkini, vous allez périr noyées, c'est juste une expression...) quelques manipulateurs en affublent des épouses ou concubines consentantes, voire des enfants, et nous sommes partis pour le grand cirque des étés en mal d'images médiatiques et de sensations télévisuelles au mois d'août.
Rien de nouveau sous le soleil, ça marche toujours. Plus c'est gros plus ça passe.
Même quand on réalise qu'à la sortie de l'eau ça peut être plus indécent qu'un monokini, ou plus dégoutant qu'un chien mouillé, suivant la plastique de celle qui le porte.

Seconde erreur, mais toujours dans la logique médiatique de l'audimat, on se met à commenter la plus petite décision de justice comme si Dieu lui-même avait foudroyé les mères ou les Maires, suivant les premiers jugement rendus. On va même traiter le Maire d'Antibes de "traître" (ou de "renégat", je crois avoir entendu les deux) alors qu'il refuse fort sagement de se lancer dans une interdiction sans motif.
Or, en France, on ne commente pas les décisions de Justice.
Je sais, ça plait aux politiciens, quand la décision va dans leur sens; ça plait aux journalistes, quand leur rédacteur en chef les envoie sur les plages de la Côte d'Azur; donc ça devrait plaire à tout le monde, n'est-ce-pas?
Mais non, ça ne plait pas aux lois de la République Française.
On ne commente pas les décisions de Justice. Du moins on ne devrait le faire qu'avec la plus extrême prudence.
Troisième erreur, tout à la joie presque indécente d'avoir obtenu l'annulation d'un arrêté municipal, "on" tire des plans sur la comète au mépris de toute notre tradition judiciaire, avec des discours fabuleux venant d'experts "judiciaires" en carton sur l'application - n'en doutons pas - de cette jurisprudence comme une loi constitutionnelle de la République.

Seulement voilà, désolé pour tous ces britanniques de coeur, tous ces américains de cervelet, la tradition judiciaire Française ne fonctionne pas ainsi.
Dans les pays anglo-saxons il y a peu de textes, et une jurisprudence pesante.
Dans les pays latins, de droit romain, (les "non-skiing countries") il y a des textes précis qui disent du mieux possible la loi, et une jurisprudence qui a toujours été indicative et non impérative.
Ce qui veut dire que le Juge dans notre beau pays de France est bien maître de ce qu'il juge.

Si nous avions eu moins d'experts en "droits de l'homme" sur nos écrans et à nos micros, avec un peu plus de vrais juristes ou auxiliaires de Justice, il était facile de le savoir... Mais les plus modestes ne sont que rarement les premiers devant les micros et les caméras.

Quatrième erreur? Non. Il ne peut pas y avoir de quatrième erreur.
En France et dans le monde, Mesdames, Messieurs, le journaliste parisien ne se trompe jamais.
Il a juste - parfois - un point de vue un peu différent du commun des mortels...

Donc il va falloir attendre un peu - pour ceux qui ont gardé le numéro du Canard Enchaîné affirmant noir sur blanc qu'il n'y avait pas de burkini à Sisco - avant que "le Canard" ne vienne le reconnaître.

Car cette petite décision de justice est très claire:
"Compte tenu des événements du 13 août", "la présence d'une femme portant un costume de bain de ceux visés par l'arrêté du 16 août 2016 serait dans les circonstances particulières de l'espèce de nature à générer des risques avérés d'atteinte à l'ordre public qu'il appartient au maire de prévenir".
A tout le moins, quelle que soit la suite, elle établit qu'il y avait bel et bien burkini en cause. 

Soyez tout de même rassurés, le rédacteur en chef du "Canard" (un homme prudent) a prévu une rubrique "pan sur le bec" pour toutes les fois où ses collaborateurs enthousiastes vont un peu trop vite dans le sens qui plait à Paris. Et il faut dire qu'ils s'en servent de cette rubrique. C'est tout à leur honneur. C'est honnête de l'avoir, et encore plus de savoir s'en servir.
Il faudra juste installer la même dans le principe, avec un autre titre peut-être, sur Médiapart.

Pour ceux qui s'en offusqueraient, je les renvoie au merveilleux article d'Ellen SALVI,

toujours en ligne là: https://www.mediapart.fr/journal/france/230816/en-corse-coleres-et-fantasmes-rendent-la-situation-explosive?onglet=full
Article qui nous indique, je cite en copier coller (à ce jour c'est encore en ligne):

"Ce samedi 13 août, dans la crique de Sisco, il n’y avait ni burkini, ni burqa, ni machette, comme l’avaient pourtant affirmé certains témoins."

C'est vrai que c'est si beau la Corse, même au mois d'août. On n'en est pas à un burkini près... Et puis, tout le reste est tellement bien écrit, tellement recherché, qu'on lui pardonne.

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